lundi 18 février 2019

Point de bayeux

Le point de Bayeux, ou point d'orient, ou point raché est une couchure dont l'exemple historique le plus célèbre est probablement la tapisserie de Bayeux, datée de la fin du XIe siècle.

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Mais si cet exemple est le plus connu, il a été utilisé pendant longtemps, en particulier pour la broderie de pièces liturgiques. Loin d'avoir été cantonné à la tapisserie au point d'aiguille (c'est à dire à la broderie de laine) il a également été utilisé pour remplir au fil de soie de grandes surfaces. Car c'est là son principal point fort en plus d'être une technique économe en fils. Saint-Aubin le décrit comme un point permettant de réaliser de la peinture à l'aiguille de manière rapide pour les ouvrages destinés à être regardés de loin.

Définition et réalisation

Le point de Bayeux se travaille en 3 temps :

  • D'abord de grands points lancés sont travaillés en parallèle pour recouvrir toute la surface.
  • Ensuite, on réalise de longs points perpendiculaire à intervalle régulier (5mm par exemple).
  • Enfin, de petits points vont venir fixer ces derniers, ce que Saint-aubin appelle racher.

Un autre procédé beaucoup plus expéditif, c'est de lancer une ou plusieurs nuances d'un bout à l'autre de chaque objet, en les fondant l'une dans l'autre ; et quand la surface est toute couverte de soies, on la croise d'autres soies fines assorties aux premières nuances, et lancées à la distance de deux ou trois lignes les unes des autres (...) ; puis on arrête ces dernières soies de petits points imperceptibles, ce qui s'appelle râcher, (...). Ce procédé est bon pour les grandes parties, et les ouvrages qui ne doivent être vus que de loin. La soie en est fort luisante : les queues et nervures se font à point fendu à l'ordinaire.

On le voit, ici, Saint-Aubin préconise de mélanger entre eux des fils de nuances différentes pour réaliser des dégradés.

Râcher, c'est assurer et finir une Broderie lancée ou cordonnets collets, par de petits points symétriquement arrangés.

Saint-Aubin, L'art du brodeur, 1770.

Au XIXe siècle, Thérèse de Dillmont décrit ce point dans son encyclopédie des ouvrages de dame. Si ses conseils de réalisation ainsi que les nombreux dessins qui illustrent cet ouvrages sont de précieuses indications techniques, sa nomenclature et ses descriptions historiques, elles, sont quelque peu datées, et empruntes d'appels à l’exotisme. Cependant, vu la diffusion et le nombre de traduction important de son ouvrage, le point de Bayeux est souvent appelé couchure ou point d'orient, en particulier par les anglo-saxons.

Point d'Orient - Les trois points qui suivent et que nous avons groupés sous la même dénomination de points d'Orient, sont aussi connus sous le nom de point de Renaissance ou de points arabes. Si nous les appelons points d'Orient, c'est qu'on les retrouve dans la plupart des broderies, orientales et il est plus que probable que nous les devons aux peuples de l'Asie, qui excellaient, de tout temps, dans l'art de la broderie.

Encyclopedie_des_ouvrages_de_dames__._Dillmont_Therese_bpt6k62794921_117_1_.jpg Thérèse de Dillmont, encyclopédie des ouvrages de dame, 1886.

Exemples historiques

Tapisserie_Bayeux_01.jpg La tapisserie de Bayeux, premier exemple et le plus célèbre qui a donné son nom commun à ce point.

On retrouve le point d'orient, associé à d'autres types de couchures dans certaines broderies orthodoxes russes de la fin du XVe siècle, comme sur ce suaire brodé par l'atelier d'Elena Voloshanka. 3f94ec7ac45c8a680acc3149ad788087.png

Sur ce détail du blason de la mitre du cardinal Georges d'armagnac (Trésor de la Cathédrale du Puy-en-Velay) datée du XVIe siècle, le point d'e Bayeux, brodé au fil de soie, n'est pas utilisé pour recouvrir de grandes surfaces mais probablement pour faire écho à la couchure d'or du blason. Le blason fait environ 4cm de diamètre : lions-01.JPG

Aux XVIIe et XVIIIe siècle, on retrouve ce point utilisé sur certains vêtements liturgiques en Europe, utilisé à la manière décrite par Saint-Aubin. Mais on peut noter certaines variations dans l'usage et la manière : il a été utilisé, en particulier, semble-t-il dans le Tyrol et en Italie du nord aux XVIIe et XVIIIe siècles de manière spécifique. Broderies au fil de soie sur toile de lin, comme unique point de remplissage et sans dégradé pour des vêtements liturgiques. Une des particularité de ces vêtements d'Italie du nord est que la surface n'est pas entièrement recouverte de broderies. On peut le voir sur cet exemple d'un dos de chasuble de la collection du trésor de la Cathédrale du Puy-en-Velay. chasuble-italie-17e-02.JPG

Mais également cette chasuble Suisse du XVIIIe siècle conservée au musée national Suisse de Zürich : DIG-3639.jpg

Il a également été utilisé comme unique point de remplissage sur des pièces brodées plus richement et dont la surface est intégralement brodée. Comme sur ces exemples : 2012FT6118_2500.jpg © Victoria and Albert Museum, London.
Chasuble, seconde moitié XVIIe siècle, Italie, conservée au V&A.

Sur certaines de ces pièces, le point de Bayeux est utilisé en association avec d'autres points de remplissages, comme le passé plat empiétant pour peindre les nuances et les dégradés, comme sur cette chasuble de la collection du trésor de la Cathédrale du Puys en Velay où les tiges sont au point de Bayeux et les pétales de la fleur au passé plat empiétant. chasuble-italie-17e.JPG

Dernier exemple d'usage du point de Bayeux au XVIIIe siècle, cette fois-ci non religieux.

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point-de-bayeux-01.JPG Broderie sur toile de Jouys, XVIIIe siècle, St Malo.
Cette broderie, manifestement domestique, utilise le point de Bayeux pour couvrir certaines surfaces, en particulier les draperies. Le point est associé à plusieurs autres points (et même d'autres qualités de fils) selon la texture voulue pour renforcer le dessin. Il n'est alors pas question de couvrir rapidement de grandes surfaces mais probablement de créer une texture la plus proche possible d'étoffes drapées : soyeuses et plissées.

Réalisations

Pour terminer, si j'ai utilisé le point de Bayeux pour la réalisation d'une aumônière brodée, je vous propose deux photographies de ce point : au fil de soie et au fil de laine pour vous montrer la différence de rendu entre les deux fibres. La soie floche (qui aura le meilleur rendu pour ce point et qui est le type de soie utilisée dans tous les exemples historiques que je vous ai présentés) permet de créer une très belle surface chatoyante.

rose-bayeux-01.JPG Rose de style Tudor, d'après la chasuble brodée du trésor de la Cathérale du Puy-en-Velay, réalisée avec diverses soies floches.

point-detail.jpg Détail de l'aumônière brodée au point de Bayeux, fil de laine sur lin. [ Vous pourrez retrouver quelques unes des sources que j'ai utilisées dans l'article, plus d'autres avec les liens vers leur site de référence sur mes différents tableaux pinterest|https://pin.it/vrclxaitqftppf|fr].

mercredi 23 janvier 2019

Métiers à broder

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Les métiers à broder servent à tendre le tissu sur lequel on va appliquer une broderie. Si certains points de broderie peuvent s'effectuer sans tendre l'ouvrage, il en est pour lesquels c'est indispensable. Dans le cadre de broderie historique et de la reconstitution d'un atelier de brodeurs la question du métier s'est posée. Existaient-ils ? Quelle était leur forme ? Comment étaient-ils faits ?

J'ai donc exploré les sources, jusqu'au 18e siècle pour faire un tour d'horizon des types de métiers utilisés selon les périodes. J'ai arrêté mes recherches (même si je note les représentions plus récente pour archive) au 18e siècle car il semble correspondre à l'arrivée du tambour à broder rond. Je me suis contentée de dater son apparition et non d'étudier son évolution au cours du temps. Je consacrerai un article séparé sur l'apparition du tambour rond.

Les différentes sources que j'ai utilisées sont les représentations, bien sûr. Elles nous permettent d'attester de l'existence de l'outil à une date donnée. Mais celles-ci ne sont pas toujours suffisantes. Parce qu'on ne retrouve pas de représentation exhaustive de tous les outils ayant été utilisés pour les périodes anciennes mais également parce que le détail ne nous permet pas toujours d'identifier avec certitude la représentation, ni même les caractéristiques techniques de l'objet.

Nous étudierons également certains traités qui nous permettent d'avoir des précisions sur les us et coutumes de l'époque. Que se soit un traité de broderie ou un traité de peinture, ils vont venir en complément nous donner des informations supplémentaires.

Enfin, pour les périodes où l'on a aucune représentation ni texte évoquant les conditions matérielles, l'étude des broderies en elle-mêmes nous offre également quelques indices précieux sur leurs conditions de réalisation.

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vendredi 7 décembre 2018

Une tenue de femme noble 1630

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Ce costume est une proposition de reconstitution d'une tenue de femme noble dans les années 1630. Cette tenue est inspirée dans sa forme et sa construction par le corsage 1630 conservé au V&A et plusieurs tableaux et gravures d'époque pour l'ensemble.

Ce costume est composé d'une chemise en lin blanc, d'un cul, d'une jupe de dessous en lin doublée de lin, d'un corsage en soie fortement baleiné, d'une jupe assortie en soie doublée de soie, d'un col en lin orné de dentelle.

Des éléments de décoration en soie, dentelle et perles rehaussent cette tenue.

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jeudi 6 décembre 2018

Le point de croix natté

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Dans les points utilisés au Moyen-âge, si les couchures sont peut être les points les moins connus aujourd'hui, un point qui est peu connu voire mal interprété est le point de croix natté (ou long-arm cross stitch en anglais). Parfois confondu avec un point de chausson ou un point de croix serré.

Broderie à points comptés, le point de croix natté est un point de croix asymétrique. Il a été utilisé au moins dès le XIIIe siècle pour réaliser des bordures ou des frises géométriques ou bien seul pour son aspect décoratif, donnant un résultat à mi-chemin entre la tapisserie et le tricot.

Cette bourse à relique datée du XIVe siècle est également brodée au point de croix natté, le résultat en côtes parallèles fait penser à du tricot. b223582.jpg
Bourse à relique XIVe siècle, Musée d'art religieux et d'art Mosan.

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Nouvelle catégorie

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Un court message pour dire que j'ai ré-agencé les catégories du blog, pour en ajouter une spécifiquement dédiée à la broderie. Les tutoriels et explications sur des techniques historiques autre que la broderie resteront dans la catégorie techniques. Et la catégorie accessoire sera consacrée aux  […]

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jeudi 1 novembre 2018

Proposition de reconstitution d'un costume d'aviatrice du début du XXe siècle

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Suite et fin de la série d'articles sur le costume de pionnière de l'aviation pour la pour la compagnie Eutrapelia.

Dans les articles précédents nous avons vu les recherches effectuées dans le cadre de cette réalisation, nous allons donc, enfin voir la culotte réalisée pour le spectacle. Pour rappel les articles précédents :

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lundi 30 juillet 2018

Tenue d'aviatrice : les nouvaux horizons de la féminité - Partie 3

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Troisième et dernière partie théorique sur les recherches effectuées pour la réalisation d'une tenue d'aviatrice vers 1910 pour la compagnie Eutrapelia. Après avoir étudié ensemble :

Nous allons porter notre attention plus particulièrement sur Harriet Quimby. En effet, lorsque l'on recherche des images de ces pionnières, elle retient rapidement l'attention.

D'abord au regard du nombre de documents, en particulier de photos d'elle, que se soit en civil ou en tenue de pilote.

Mais également, parce que sa médiatisation ainsi que son image révèle une véritable stratégie de gestion de sa célébrité.

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lundi 23 juillet 2018

Tenue d'aviatrice : les nouvaux horizons de la féminité - Partie 2

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Après avoir fait un rapide tour d'horizon des tenues féminines liées aux activités physiques et sportives qui ont existé en ce début de XXe siècle, nous allons nous intéresser à l'aviation proprement dite.

L'aviation est une activité qui porte en elle les idées de danger, de vitesse, qui ne sont pas, à l'époque, du tout associé aux activités féminines.

Les principaux problèmes que l'activité pose en terme de tenue sont le froid, le vent, mais aussi la saleté, comme les projection d'huile ou la poussière. Les tenues d'aviations doivent donc à la fois permettre une certaine liberté de mouvements mais aussi avoir de bonnes capacités de protection.

Nous allons brièvement voir comment les hommes ont adapté leur tenue à ces problèmes. Nous détaillerons ensuite les tenues des aviatrices d'après leurs photographies.

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vendredi 13 juillet 2018

Tenue d'aviatrice : les nouvaux horizons de la féminité - Partie 1

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Proposition de reconstitution d'une tenue d'aviatrice vers 1910.

Une nouvelle fois, la compagnie Eutrapelia m'a fait l'honneur de me confier la réalisation de certaines pièces de costume pour leur nouveau spectacle : Antoinette.

La pièce de cet ensemble qui a demandé le plus de recherches a été la culotte d'aviatrice. Je vous propose de détailler ici ces recherches.

La tenue d'une pionnière de l'aviation est particulière dans le sens où, par définition, elle s'inscrit dans un contexte où rien n'est encore standardisé ni uniformisé. Et c'est précisément là que résident à la fois la difficulté et l'intérêt de ce type de recherche.

Pour réaliser ce costume, nous nous sommes basées sur les photographies des tenues des premières aviatrices jusqu'au début de la première guerre mondiale. Cette dernière représentant potentiellement une fracture dans la mode et les mentalités. Les textes et coupures de journaux nous ont également fourni des indications précieuses pour compléter notre approche.

J'ai également été amenée à élargir les recherches sur d'autres types de vêtements féminins liés à des activités marginales (sport, travail), dans le but d'étudier les aménagements spécifiques qui ont souvent été créés et inventés par les femmes elles-mêmes.

J'ai scindé ces recherches en plusieurs parties :

Nous nous intéresserons en premier lieu à ces vêtements spécifiques ou marginaux de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle. Nous verrons comment les femmes ont adapté leurs tenues pour les nouvelles activités qui se développaient et comment elles ont composé avec une société peu ouverte à ces évolutions.

Nous étudierons ensuite les tenues spécifiques à l'aviation. En évoquant brièvement la manière dont les aviateurs se sont adapté aux contraintes que l'activité imposait et ensuite en étudiant le corpus de photographies d'aviatrices en tenue.

Nous insisterons dans un article sur l'impact et la place des pionnières de l'aviation dans les mouvement de libération du corps des femmes, en étudiant le cas d'Harriet Quimby.

Enfin, un dernier article sera consacré à la réalisation elle-même et aux choix que nous avons été amenées à faire.

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jeudi 22 février 2018

Les troubadours - Michel Zink

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Les troubadours, une histoire poétique, Michel Zink, 2013, collection « Pour l’histoire » aux éditions Perrin. Ce livre se veut une histoire poétique des troubadours. Il tente de rendre à leur poésie sa fraîcheur en la suivant dans ses méandres, en disant au fil des chansons et à propos de chacune  […]

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