Le deff, petit tambour à cadre carré

En cherchant un instrument pour m'accompagner un peu au chant, alors que je ne joue d'aucun instrument à cordes, j'ai eu envie de ma fabriquer une petite percussion médiévale.

Le deff ou aduff ou pandero que l'on retrouve à différentes époques me paraissait à la fois réalisable et suffisamment répandu pour convenir à différentes situations de reconstitution.

Si je décris ici la façon dont je m'y suis prise pour fabriquer cet instrument, ce n'est en aucun cas pour rédiger un tutoriel en bonne et due forme mais plutôt pour garder une trace de mon expérience, partager les recherches et tous les conseils qui m'ont été prodigués.

Pour aller plus loin

La page sur le deff sur le site instruments médiévaux, base incontournable de toutes mes recherches pour tenter de m'imprégner des musiques médiévales.

Un très grand Merci à toutes les personnes du forum musiques médiévales qui m'ont répondu, conseillé et m'ont permis de ma lancer dans la fabrication de cet instrument.

Un tutoriel espagnol sur la fabrication du deff.

Quelques sources

  • Une source XIIe de la cathédrale St Pierre de Poitiers

Musicien jouant du deff avec une baguette - Cathédrale de Poitiers

  • Deux sources XIIIe issues de la Bible de Macieowsky qui peuvent être interprétées comme un deff

Musicien jouant d'un instrument s'apparentant au deff - Bible de Macieowsky
Musicien jouant du deff - Bible de Macieowsky

Fabrication

Matériel

  • une baguette de bois d'une section minimum de 35*35 mm et de longueur suffisante (le mien fait 32cm de côté) (à l'insu de mon plein gré, j'ai utilisé pour celui-ci des baguettes de pin de section 22*22mm ce qui semble au final beaucoup trop fin ![1]) ;
  • une corde en boyau que j'ai fabriquée en suivant ce tutoriel ;

Deux cordes en boyau de ma fabrication

  • une peau de mouton parchemin suffisamment grande pour recouvrir le deff entièrement (la peau est tendue sur les deux faces) en comptant, l'épaisseur du cadre et les coutures (ajouter 2cm à chaque longueur pour les coutures) ;
  • du nerf ou du fil de lin poissé pour la couture ;
  • des aiguilles à cuir (et si possible une allène diamant) ;
  • une scie et une boîte à onglets ;
  • quelques limes et râpes ;
  • un rabot ;
  • du papier de verre ;
  • de la colle à bois ;

Assemblage

J'ai réalisé l'assemblage en coupe d'onglet à enfourchement simple.[2]

Assemblage en coupe d'onglet

J'ai utilisé la scie à onglets pour réaliser le tenon. L'enfourchement, faute d'outil adapté, a été réalisé en créant des petites saignées avec la scie à onglets puis fini à la lime :

Fabrication de l'enfourchement

Les assemblages sont collés.

Mes assemblages ne sont pas parfaitement ajustés. Mais avec la colle puis la peau qui maintient le tout, la solidité des assemblages ne me parait pas problématique.

Une fois la colle sèche, il faut attaquer les finitions.

Toutes les arrêtes doivent être abattues et bien poncées, de sorte à ne pas couper ou abîmer la peau qui sera tendue dessus.

Une observation plus poussée des sources et de certains deffs traditionnels, m'a permis de constater que les cadres semblent posséder une face supplémentaire, comme s'ils étaient taillés dans une section octogonale. J'ai donc décidé de chanfreiner les arrêtes en contact avec la peau. Je les ai abattues au rabot jusqu'à obtenir 3 faces de taille à peu près égales.

Chanfrein

Ensuite, tous les angles sont adoucis au papier de verre et une saignée est pratiquée (à la scie) de part et d'autre du cadre, là où le timbre doit passer, de sorte à ce que la corde ne fasse pas de sur-épaisseur sous la peau.

Saignée pratiquée pour le timbre

La corde est mise en place. J'ai laissé volontairement libre les bouts du timbre, de sorte à les faire sortir par la couture de la peau, ceci permet de retendre le timbre si besoin est mais aussi de former une grande boucle pour suspendre l'instrument.

Cadre fini et timbre installé

La peau doit avoir trempé au minimum 24 heures. Attention, pour la couture, (selon le temps qu'il fait) cela sèche malgré tout très vite. Or si la peau n'est pas trempée de manière homogène, le cadre risque de vriller (ce qui m'est arrivé) car la tension ne sera pas identique partout.

Ma peau étant suffisamment grande, j'ai placé un bord du cadre au milieu de la peau et n'ai réalisé la couture que sur 3 des côtés.

Pour la tension, à priori, seule l'expérience compte ... pour ce deff, j'ai essayé de tendre la peau au maximum sans forcer et je l'ai mise en place avec des punaises le temps de faire les coutures. Au final, une fois sec (et par temps sec !) la peau me parait assez tendue.

Pour coudre plus vite, j'ai percé au fur et à mesure les trous à l'allène diamantée. Peut être serait-il plus judicieux de coudre à 2 aiguillées : en partant du milieu du côté opposé à celui où la peau n'est pas cousue et en cousant au fur et à mesure des 2 côtés (vers la droite et la gauche) de manière symétrique. Ainsi la tension sera mieux répartie.

Détail de la couture de la peau

Résultat

Et voici l'instrument fini.

Le deff terminé avec le timbre qui dépasse

Le deff terminé vu par transparence pour deviner le timbre

Malgré les petits problème de déformation du cadre et après les premières surprises sonores, en apprivoisant un peu la bête (je suis tout à fait novice en matière de percussions !) j'arrive enfin, à tirer des sons à peu près audibles de l'instrument. Ceci, à condition que le temps soit avec moi et qu'il ne fasse pas trop humide pour que la peau et/ou le timbre ne soient pas détendus. Mais ceci semble être un des aspects normal de la vie de l'instrument ! Si la peau est détendue, il faut chauffer le deff à la flamme de sorte à la retendre.

Il est probable qu'avec un cadre plus épais, le deff serait plus puissant.

Le fait de sortir le timbre de l'intérieur pour en faire une boucle, est un peu gênant, car le timbre, un peu raide, se promène où il veut et parasite le tout.

Malheureusement, je n'ai en ma possession aucun micro qui soit en mesure de rendre les sons que je tire de mon deff !

Notes

[1] Non seulement le pin de cette épaisseur n'est pas suffisamment solide pour supporter bien les tensions appliquées par la peau, mais l'épaisseur du cadre va aussi avoir une influence sur la taille de la caisse de résonance et donc du son et de la puissance de l'instrument.

[2] La coupe d'onglet est ce qui parait le plus évident (mais pas le plus simple à réaliser) pour fabrique un cadre aujourd'hui. Mais il semble que l'on ne connaisse pas de trace de cet assemblage au Moyen-âge. Si bien que pour fabriquer le cadre on peut utiliser un enfourchement simple, ou un assemblage à mi-bois chevillé. C'est cette dernière solution que j'essaierai probablement si je dois retenter l'aventure. Il présente en outre l'avantage d'être encore plus simple à réaliser.

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